Pendant longtemps j’ai cru que nous, professionnels de la communication, devions être accessibles, que nos prestations devaient être pour tous. Aujourd’hui non seulement je n’y crois plus, mais j’en suis venu à penser l’extrême opposé : si vous voulez réussir, vous devez être sélectif.

Sélectif, pour ne pas dire élitiste. Quand j’ai créé L’Aetherium voilà bientôt 6 ans, j’avais une idée en tête, une sorte d’idéal, peut-être un peu naïf : mes compétences devaient être accessibles à tous types de clients. Ça ne voulait pas dire que je baissais mon froc ou sacrifiais mes valeurs, nullement ! Mais que je pouvais aussi bien travailler pour un indépendant qu’une PME : l’un comme l’autre avait nécessairement besoin d’une communication visuelle réussie, et ce quelque soit le budget. C’était alors à moi de m’adapter à ce dernier.
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Et bien qu’avec le temps j’apprenais à affiner ma partie commerciale, je restais sur ma position de « la com’ pour tous ». Si les entreprises ne comprenaient pas l’intérêt de mettre le prix dans une communication qui en vaille la peine, il fallait alors leur expliquer en faisant preuve de pédagogie. Je suis désormais bien loin de tout ça et accepte le fait que c’était illusoire. Il y a plusieurs fautifs dans cette histoire.

Une concurrence déloyale

Peu après mes débuts dans le métier voilà 9 ans, le crowdsourcing a fait son apparition. C’est en démarrant mon activité d’indé voilà 6 ans que j’ai découvert les charlatans, parvenus de l’explosion des outils informatiques au début des années 2000, et les plateformes d’uberisation des métiers créatifs. Non pas que l’un ou l’autre soient des concurrents directs – car la qualité est rarement au rendez-vous – mais ils participent à démolir l’image que les entreprises ont de nos métiers. Ces dernières, à force d’entendre dire qu’on peut faire bosser quelqu’un pour pas cher ou rien du tout, finissent par y croire et tirent la tête quand notre devis ne colle pas au prévisionnel.

Des institutions qui ne comprennent pas

Disons les choses clairement : les hautes instances ne comprennent rien à certains métiers. Plusieurs exemples pour étayer mon propos. Par exemple Axelle Lemaire, secrétaire d’État chargée du numérique vendant de la French Tech à tous les niveaux, semble se tamponner le coquillard de l’avenir de notre profession (je cite : « Vos revendications sont légitimes, mais dangereuses »). Ou encore, dans le même registre, certaines CCI, Boutiques de Gestion, Chambres des Métiers. Toutes les antennes locales ne sont évidemment pas à mettre dans le même sac  d’une ville à l’autre, c’est très variable. Mais toujours est-il que plusieurs de ces entités racontent des choses fausses aux futurs entrepreneurs en leur conseillant des solutions discount ou low cost. Non seulement elles mettent alors en danger les entreprises qu’elles conseillent, mais sûres d’elles-mêmes, je me suis fait parfois envoyer sur les roses pour avoir aimablement proposé mes conseils.

Nous, professionnels de l’image

Ça serait trop facile si nous pouvions tout mettre uniquement sur le dos des autres. Nous sommes fautifs pour deux raisons :

  • D’une part, il y a ceux qui baissent leur froc, ou manque de cohérence, ou ne s’impliquent pas dans la défense de nos métiers. Chacun a ses raisons d’agir comme il le fait, il ne s’agit pas de juger les actes. Mais il ne faut pas s’étonner que nos métiers soient au plus mal si nous ne prenons pas collectivement nos responsabilités. Ajoutons à cela que certains font parfois la promotion d’outils nuisant à nos activités, ou encore que d’autres jouent le jeu du perverted crowdsourcing. Sans juger des actes de chacun d’entre nous, il ne nous est pas permis de nous plaindre dans la mesure où peu se sont réellement démenés pour défendre nos professions.
  • D’autre part, peut-être est-ce nous qui voulons faire coller notre époque à notre vision des choses ? Je pose la question franchement : et si une bonne communication n’était tout simplement pas pour tout le monde ? Comme tous, j’ai essuyé quelques plâtres en tant que professionnel à mon compte. C’est décourageant, essoufflant, et puis on se rend compte qu’il y d’autres façons de travailler. Voilà plus d’un an et demi, sur les conseils de Marc Bernard, coach en développement commercial, j’ai totalement revu mon positionnement commercial : un tarif plus élevé, des prix fermes, être intransigeant, refusant l’urgence et être sélectif quant aux missions que j’accepte. Mais cela m’a permis de toucher une meilleure clientèle, d’obtenir plus de contrats, d’avoir une prestation plus qualitative, de soigner la relation client et de gagner davantage. Je suis aussi devenu plus crédible et mes clients actuels sont tous respectueux du travail que je prends grand soin à leur fournir. Exit ces prospects qui veulent tout pour rien et râlent quand même à la fin.

Les entreprises, peut-être plus fautives que les autres

Ça sera ma conclusion : de nombreuses petites et moyennes entreprises ne pourront s’en prendre qu’à elles-mêmes. En cherchant continuellement à gratter, à se tourner vers des solutions bas de gamme et à refuser l’évidence, les créateurs d’entreprises creusent leur tombe. Car je ne suis pas le seul à avoir cette démarche sélective, et la conséquence va être la suivante : les professionnels pas chers, de plus en plus, ne sont pas ceux qui proposent un travail de qualité. Et inversement, ceux voulant faire du bon travail paraissent inaccessibles aux yeux des créateurs d’entreprises, alors que tout travail mérite salaire. Certains pourraient dire qu’une entreprise finira par prendre conscience de la nécessité d’une bonne communication et investira dedans plus tard. Mais pour ça, encore faut-il que ladite entreprise génère un chiffre d’affaires suffisant. D’autant que la marche sera haute, car l’écart entre les « bons » et les « mauvais » se creuse de plus en plus.

À ce niveau, continuer à croire relève de l’acte de foi. Et si j’ai foi en Dieu, je crois finalement que la communication n’est que pour les entreprises qui s’en donnent les moyens.

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Sébastien DROUIN
   

Sébastien DROUIN

Consultant en communication, designer graphique, formateur, blogueur, catholique, metalleux, zèbre et électron libre. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière.

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