Le bon à tirer, plus communément appelé BAT, est ce qui marque la validation d’une production graphique. Il permet d’encadrer une collaboration entre deux parties. Pour autant, celui-ci n’est pas un automatisme et, pire encore, il semble être méconnu de certains confrères plus jeunes. Il est pourtant le garant de la bonne entente d’une collaboration.

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Bon à tirer = Chuck Norris Approved

L’idée d’écrire cet article m’est venue suite à un accrochage avec l’employé d’un client. Celui-ci n’acceptait pas l’idée que son patron m’ait validé un travail – sur lequel il ne s’était pourtant pas exprimé – et prétextait alors que le bon à tirer était une méthode d’un autre âge. La remarque peut faire doucement sourire, mais elle fait rire jaune quand on sait qu’elle vient de quelqu’un se revendiquant des métiers du design.

En discutant du sujet avec des confrères, je me suis alors rendu compte que le bon à tirer n’était pas un automatisme, ni pour les clients ni pour certains professionnels. Pourtant, le bon à tirer fait parti de ces éléments qui donnent un cadre à une prestation, au même titre que les conditions générales de ventes.

Le BAT, meilleur ami du client

Partons du postulat que le bon à tirer n’existe pas. Vous allez voir, ça va vite vous parler.
Vous êtes client et faites appel à un designer graphique professionnel pour la réalisation de la plaquette de présentation de votre entreprise. 3 volets, format ouvert 63 cm par 30 cm avec des encoches pour glisser votre carte de visite, impression recto verso, papier 350 gr demi-mat, pelliculage mat, 800 exemplaires. Le beau support, quoi.
aetherconcept-telephone-batmanLe projet proposé par le créatif vous plaît, hop, vous prenez le téléphone et vous lui dites que c’est parti pour l’impression ! Et là, pas de bol, à l’impression, c’est l’avant-dernière version qui est imprimée. Le créatif s’est trompé, ce con. Sauf que nulle part vous n’avez donné d’accord écrit et le créatif, s’il s’agit de quelqu’un de mauvaise foi, pourrait très bien vous tenir un discours différent et nier son erreur. Au final, 800 pochettes à mettre à la poubelle, du temps perdu, et les deux parties se renvoient la balle.

Le BAT, garde-fou du créatif

Le bon à tirer vaut pour tout. Quand il ne s’agit pas de print, chez moi il prend la forme d’un document que je fais signer et qui déclenche l’envoie de la facture. À noter que dès le devis, je précise un nombre d’aller-retour de corrections afin d’éviter tout abus. Maintenant, qu’est-ce qui se passerait si le bon à tirer n’existait pas ?

Un designer graphique travaille sur un projet de catalogue papier. 52 pages, format A4 fermé, recto verso, couleurs, papier 170 gr mat, 5000 exemplaires. Le genre de job qui coûte un peu de monnaie, quand même. Bien que le nombre d’allers-retours de corrections soit stipulé dans le bon de commande, le client demande un cycle de plus comme geste commercial. Le créatif s’exécute, envoie le fichier au client qui dit que ça lui convient bien. Direction l’imprimeur qui imprime ensuite le document (le BAT n’existe pas non plus chez l’imprimeur dans cet univers alternatif).
aetherconcept-sallusteEt là, une faute sur la quatrième couverture. Toute petite, voire quasiment invisible, limite-t-on pourrait faire avec. Mais imaginez que le client soit un de ces personnages joués par Louis de Funès : vous auriez droit à un visage grimaçant durant une heure qui se servirait de ça comme prétexte pour ne pas payer. Le client dit que c’est la faute du designer graphique et de l’imprimeur (qui n’avaient qu’à relire), le designer graphique dit que c’est de la faute du client (qui n’avait qu’à relire), et l’imprimeur dit qu’il s’en contrefout (il imprime ce qu’on lui donne).

Alors d’après vous, qui est le responsable ? Dans la mesure où rien n’a été clairement et explicitement dit, c’est plutôt compliqué. Même si on reprend le bon de commande : la relecture était-elle incluse ? Ou était-ce un budget tiré vers le bas et cette dernière restait à la charge du client ? Bref, voilà une histoire dont on n’est pas près de savoir qui va payer…

La formule magique

aetherconcept-big-bang-espritPour vous, consœurs et confrères, voici la formule que j’emploie : « Malgré tout le soin apporté à la réalisation de vos documents, une erreur à pu s’y glisser. Aussi je vous invite à bien les relire avant de donner votre accord pour l’envoi en production. Je vous rappelle que la validation du bon à tirer engage votre responsabilité. »
Si la formule semble pompeuse, elle vous évitera surtout bien des surprises. Aussi, n’ayez pas peur d’en abuser et de l’envoyer autant de fois que nécessaire. Et si la réponse du client ne vous semble peu claire, insistez ! Ne laissez jamais de place à l’ambiguïté, car c’est là que vous avez le plus de risques.

Le BAT, pour éviter les tuiles

Les exemples cités plus haut vous semblent caricaturaux ? Je les ai déjà pourtant croisés dans la profession. Heureusement, le BAT était là pour sauver la mise. Si ça venait à passer en justice, ce genre de situation finirait par trouver une issue. Mais je vous laisse imaginer la débauche d’énergie, de temps et d’argent pour en arriver là. Le bon à tirer permet de clarifier les choses et de marquer la fin de la collaboration. Personnellement, c’est une exigence qui me protège moi autant que mes clients.

Ainsi, il n’y a pas d’ambiguïtés : c’est à chacun de prendre ses responsabilités. Dans la première situation, le bon à tirer permet au client d’avoir un élément qui fait foi. Si en tant que client, votre prestataire ne vous soumet pas de BAT, n’oubliez pas que les écrits restent. Un e-mail contenant « bon pour accord », voir même avec un scann de la maquette imprimée et signée, vous protègera davantage et rendra toute interprétation douteuse impossible. C’est d’ailleurs ce que font les imprimeurs afin d’éviter les problèmes.

En tant que professionnel, le BAT sécurise votre prestation, et pousse aussi le client à prendre ses responsabilités. Car si le prestataire à des devoirs envers son client, l’inverse est vrai également. Vous avez peur d’ennuyer le client en lui exigeant la mention « bon à tirer » ? Ce n’est pas grave, car savoir poser des règles, c’est aussi affirmer sa crédibilité en tant que professionnel.

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Sébastien DROUIN
   

Sébastien DROUIN

Consultant en communication, designer graphique, formateur, blogueur, catholique, metalleux, zèbre et électron libre. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière.

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