Pour son nouvel article, Hibato a proposé de réaliser quelque chose de beaucoup plus décontracté et de vraiment très cool : une analyse sémiotique et graphique des affiches des films de la trilogie de Nolan. En bon geek que je fus par le passé, l’idée m’a tout de suite plu.
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Batman, héros de pop culture

Tout le monde connait Batman, ce héros de comics légendaire au centre de multiples adaptations cinématographiques. Mais chacun a sa propre idée de qui se cache derrière ce personnage mystérieux. Contrairement aux autres superhéros, la nature de Batman est loin d’être complètement figée. Là où Superman est l’archétype parfait du superhéros défini par sa force, son altruisme et son caractère moral, l’identité et la réputation de Batman ne sont pas aussi prédéterminées. Leurs natures changeantes et versatiles accordent au personnage – et plus généralement à son histoire – un caractère plus profond et complexe. Ceci a l’avantage d’humaniser le personnage. Ainsi l’audience peut facilement s’identifier à lui. Cela permet aussi d’éliminer le caractère prévisible de l’histoire. Face au dilemme, on ne sait ce que Batman finira par choisir. On l’aura compris, l’identité de Batman reste complexe. Et chaque interprétation artistique – comics, films, etc. – traduit une de ses facettes.

Le Batman des affiches de la trilogie Nolan

On choisit ici de s’intéresser au Batman de Nolan et plus précisément au Batman représenté sur les affiches des films de sa trilogie : Batman Begins, The Dark Night et enfin, The Dark Night Rises. Étudier seulement ces trois affiches permet d’une part d’assurer une certaine continuité : il s’agit du même directeur et du même acteur. La cohérence de l’histoire et du personnage reste préservée. Trois affiches de trois films permettent aussi d’observer l’évolution du protagoniste au cours du temps et des événements : qui est-il au début de son histoire et que devient-il ?

Notre objectif est donc de révéler qui se cache derrière le Batman représenté sur ces affiches, autrement dit le Batman de la trilogie Nolan. Il s’agit non seulement de le révéler, mais aussi de comprendre comment des créations visuelles et graphiques construisent un personnage et donnent un aperçu sur ce qu’il incarne et sur ce que l’histoire racontera potentiellement.

Pour cela, on s’intéressera seulement aux affiches – une affiche par film – et à ce qu’elles représentent. L’analyse se fait donc sans faire appel à ce qu’on connait ou non de l’histoire, du film, ou d’autres références.

Affiche #1 : figure de la nuit mystérieuse, humaine ou animale

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Cette première affiche se construit autour d’un contraste entre couleurs sombres et couleurs chaudes. Ce contraste et ces choix de couleurs remplissent deux fonctions :

  • une fonction graphique : ils permettent en effet de révéler et cacher, de jouer avec ombres et lumière et enfin de dessiner la silhouette qui occupe la majorité de l’espace
  • une fonction symbolique : ce contraste ainsi que le gradient de couleurs chaudes reconstituent un lever ou coucher de soleil, tous deux représentatifs du début de quelque chose (début du jour ou début de la nuit). Ceci instaure un aspect inchoatif, repris d’ailleurs dans le titre même du film « Batman BEGINS ».

Contrastes et nuances de couleurs révèlent donc non seulement le protagoniste, mais aussi sa genèse.

La sombre silhouette est le lieu d’une tension – effet récurrent chez Batman comme on le verra par la suite – entre deux natures : Humanité et Animalité. En effet, de nombreux éléments semblent définir ce personnage comme animal – ou non-humain – en priorité. On y retrouve sa posture et sa position d’envol, les oreilles de chauves-souris, et la forme noire elle-même qui dissimule toute trace de corps humain. On peut ajouter à cela, l’ensemble des chauves-souris qui virevoltent tout autour. Batman fait partie de ce groupe qui lui accorde ses propres caractéristiques animales. Enfin, les bâtiments qui délimitent l’affiche accentuent cette tension, car ils ne sont pas tout de suite reconnaissables comme étant des éléments urbains. Cette animalité est contrebalancée par la présence de la moitié de son visage, la taille humaine de la silhouette comparée au reste et surtout le nom lui-même, BATMAN.

Cette affiche se focalise donc sur la révélation du protagoniste central. Le contexte ne révèle que peu de choses, il existe pour soutenir cette révélation d’un Batman qui oscille entre le caractère ordinaire de l’humain et le caractère extraordinaire que pourrait lui conférer cette affiliation à la chauve-souris.

Batman est ici la figure de la nuit mystérieuse qui nait de la tension entre humain et chauve-souris.

Affiche #2 : statut de pouvoir, héros ou vilain

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La deuxième affiche ne relève plus d’une genèse ou d’une révélation. Le besoin de dissimuler Batman n’existe plus. Son visage reste caché, mais sa forme humaine est clairement visible. On reconnait tout de suite un regard défiant, des poings serrés et une posture ferme. Il ne s’agit plus d’une figure mystérieuse de la nuit à peine perceptible, mais d’un individu qui s’assume et ne fuit pas la confrontation. Dans un monde qui s’effondre, avec débris qui s’envolent, nuages de fumée, couleurs froides et bâtiment en feu, il se tient droit et fier. De plus, l’angle ajoute un effet de domination.

Cette fois-ci, Batman n’est pas en position d’envol, hors du monde. Il fait partie du chaos qui l’entoure, de ce monde sans règle. Mais il reste ferme et prêt. Il atteint un certain niveau de contrôle et de pouvoir. Sa signature légendaire, dessinée par les flammes, brûle derrière lui.

Batman qui semble maintenant assumer sa nature, assume-t-il aussi son signe en feu ? En est-il responsable ?

Batman devient ici un être de pouvoir, mais qui oscille cette fois entre le bien et le mal.

Affiche #3 : la résurrection

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L’aspect apocalyptique a ici évolué par rapport à la précédente affiche : l’ensemble des bâtiments est en feu. Ces constructions qui laissent entrevoir un ciel ardent dessinent encore une fois le signe de Batman renforçant cette fois-ci l’image et le concept du phénix.

Batman se tient toujours de manière aussi ferme, mais son regard et son visage sont orientés vers le bas et ont perdu de leur défiance.

On retrouve une tension entre un être qui semble avoir perdu de sa puissance et la chauve-souris phénix qui semble promettre une renaissance.

Batman est donc ici celui qui renait de ses cendres, qui se relève malgré le chaos ambiant, tout comme le titre le sous-entend à travers le RISES. Cette résurrection et renaissance l’élève alors au statut de légende.

Pouvoir et moral

De ces affiches et des tensions observées, on peut supposer que le personnage de Batman oscille sur le mapping suivant tout au long de l’histoire : entre impuissance et statut de pouvoir, et entre bien et mal.

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Chaque moment représenté sur les différentes affiches – ainsi que dans les différentes scènes des films- peut être resitué sur ce mapping en fonction des deux axes qui le composent :

  • Powerless vs Powerful : Powerless lorsque Batman se retrouve impuissant, Powerful lorsqu’il retrouve un certain pouvoir sur lui-même ou sur la situation.
  • Bien vs mal : l’axe Bien vs Mal suit les intentions et décisions morales de Batman

Les mapping suivants recontextualisent les trois affiches et les possibles parcours.

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Ci-dessus, la tension entre l’humanité de Batman et son animalité le fait osciller entre Powerless (sa nature humaine lui attribue ses défauts et son côté ordinaire) et Powerful (les caractéristiques de chauve-souris font de lui un être puissant). Sa nature mystérieuse lui offre un statut moral neutre. On ne peut encore s’exprimer sur son positionnement moral.

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Comme nous l’avons décrit, le Batman de la deuxième affiche exhibe un certain pouvoir. La tension se joue au niveau moral. Il oscille donc ici entre vilain et héros.

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Batman passe ici d’un statut de perte d’impuissance à une résurrection.

L’affiche de ciné, un job à part entière

Cette brève analyse révèle bien toute la complexité de ces affiches. En plus de leur qualité graphique, elles sont le théâtre de tensions de valeurs à l’origine de la profondeur du personnage et de son histoire. Un bon concepteur d’affiche de film doit donc être capable de réaliser un travail graphique de qualité sans oublier la dimension symbolique – et ses valeurs – de la scène représentée. Esthétique et Sens doivent pouvoir s’harmoniser pour un résultat de ce type.

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Hibato BEN AHMED DAHO
 

Hibato BEN AHMED DAHO

Étudiante en M2 Sémiotique et Stratégies, je m’intéresse à la culture humaine et à tout ce que la sémiotique me permet d’analyser pour redécouvrir les objets et pratiques du quotidien sous un autre angle. Images, discours, branding, tout est sujet d’étude et de réflexion.

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